Alvéoles, Éric Descamps

Je tiens d'emblée à remercier les éditions Atine Nenaud et Éric Descamps qui m'ont offert ce livre en contrepartie de cette critique.

Alvéoles est le premier roman de l'auteur français Éric Descamps. J'ai participé à ce partenariat afin de découvrir en quoi le premier roman est-il une étape majeure dans la construction de l'œuvre d'un écrivain. En effet, le premier roman est en quelque sorte un point de départ, un souffle, une démarcation, vital aux écrits à venir. 

Mais le choix de ce roman s'inscrit également dans un contexte de vacances, j'avais envie de me détendre et de me divertir. Ce roman d'aventure m'a-t-il réellement fait voyager ?

PRÉSENTATION

Alvéoles, Éric Descamps
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Éditions Natine Nenaud
447 Pages
SYNOPSIS - Quatrième de couverture de la première édition.

"Il était temps de partir. L'homme appuya sur le bouton dissimulé au bord inférieur de l'appareil. Un « bip » discret se fit entendre. Sans plus attendre, il ramassa son sac à dos et descendit en contrebas du col. En marchant d'un bon pas, il serait de retour au village juste pourl'ouverture du bar-tabac. Il pourrait attendre son commanditaire – et l'argent promis – en savourant un café serré.


Une sympathique balade nocturne, somme toute bien rémunérée.


Ce que l'homme ignorait, c'est qu'en cette fin de nuit, dix-neufautres personnes avaient déjà répété les mêmes gestes dans un rayon de quelques dizaines de kilomètres."


Qui peut avoir intérêt à organiser, avec une minutie toute scientifique, le massacre des abeilles de notre vieille Europe? Pourquoi une cellule de l'OTAN spécialisée dans la lutte contre le cyber-terrorisme expérimente-t-elle un système capable de mettre à genoux l'activité économique de l'Occident? Les instigateurs de ce complot bicéphale avancent leurs pions avec une implacable patience.


La machine à chaos est en route, et rien ne semble pouvoir l'arrêter.

Mais il suffit de quelques rencontres fortuites pour que ce scénario se voit contrarié.


Même si "Alvéoles" pourrait aisément revêtir les attributs d'un thriller technologico-écologique, l'intrigue entraîne dans son sillage nombre de personnages "ordinaires" et les force à réagir à des événements qui les dépassent.


De victimes anonymes, ils deviennent chacun à leur manière les héros de leur propre vision du complot. Certains combats se mènent au grand jour, d'autres dans l'intimité des rêves, ou aux portes de la mort. Chacun à leur manière, les héros de cette histoire sont tous porteurs d'une certaine idée de la justice.

MON AVIS SUR L'ŒUVRE

De prime abord, Alvéoles s'architecture autour de chapitres généralement courts, mais de tailles très variables. Ce style particulier est un caractère permettant de justifier le côté thriller du roman. On évolue dans l'œuvre pas à pas, le suspense est à certains moments intense. Éric Descamps aurait d'ailleurs pu multiplier les moments de suspense, car il manie très correctement cet instrument littéraire.
Notez que dans ma précédente critique de Dôme, j'avais notifié que la fin des chapitres coupait brusquement le suspense au moment clé, au paroxysme de l'action, ce que je trouvais dommage. Dans Alvéoles, nous retrouvons cette caractéristique, mais maniée plus finement, l'enchaînement des chapitres étant rapide.

Les personnages sont quant à eux attachants, j'ai apprécié pouvoir les suivre durant tout le roman. Leurs noms et surnoms sont touchants, j'ai ressenti une proximité avec nombre d'entre eux. En effet, des caractères propres leur sont attribués. La quantité de personnages est correcte, Éric Descamps aurait pu en ajouter davantage, quoique cela puisse compliquer la compréhension de l'action.

L'écriture d'Éric Descamps est propre et soignée. Les enjeux sont présentés clairement. C'est cette simplicité dans l'écriture que j'apprécie particulièrement chez cet auteur. Le vocabulaire informatique est très - voire trop - présent dans l'œuvre, cela pourrait en déconcerter certains. En effet, nous suivons entre autre un pirate informatique. Les notes de l'auteur définissant un lexique spécialisé sont utiles, mais il est tout de même regrettable de complexifier l'action par des détails comme ceux-ci. Même si je remets ici la question de l'accessibilité en cause, sachez que ce roman reste grandement accessible à tous.

L'action est fluide, on passe d'un personnage à l'autre, d'un lieu à l'autre sans être trop dérangé par ces changements (parfois incessants) de plan. Le lecteur se pose toujours de nombreuses questions à propos de l’intrigue, il est acteur. Le roman d'aventure nous porte grandement à contribution. De plus, pour marquer cet attachement au lecteur, des graphiques et autres documents (SMS, emails,...) sont présents dans le roman.

Enfin, je tiens à remercier Éric Descamps pour m'avoir transmis ce "livre-unique" qui m'a beaucoup touché, car il est dédicacé et personnalisé. Sachez que pour l'instant il est difficile de se procurer ce roman (uniquement via internet). J'encourage en tout cas vivement les maisons d'édition à découvrir ce roman.
Voici un extrait vidéo dans lequel Éric Descamps présente son roman.
LES PLUS L'action et l'écriture claire de l'auteur. Le style particulier du thriller.
LES MOINS Un vocabulaire informatique parfois trop spécialisé qui peut en déconcerter certains, quelques coquilles à corriger dans cette première édition.
Ma critique vous a donné envie de lire l'œuvre de Eric Descamps?

Colline, Jean Giono

Après avoir lu Un Roi sans divertissement (critique), de Jean Giono, j'ai eu envie de découvrir davantage d'œuvres de cet auteur français. J'aimais bien l'atmosphère qui règne dans ce roman, les paysages magnifiques subtilement décrits, ainsi que les liens sociologiques qui nouent les personnages entre eux. Je me suis donc lancé dans la lecture de Colline, premier roman de Jean Giono, texte représentatif de son style bien particulier. Un élément du décor, la colline, est annoncé d'emblée, dès le titre.

Mais quelle place dans le roman cette simple colline peut-elle bien avoir ?

- CARACTÉRISTIQUES

Colline, Jean Giono
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Paru en 1929 aux éditions Grasset
Le Livre de Poche n°590, 162 pages
- RÉSUMÉ

Quatrième de couverture des éditions Le Livre de Poche
Un débris de hameau où quatre maisons fleuries d'orchis émergent des blés drus et hauts. Ce sont les Bastides Blanches, à mi-chemin entre la plaine et le grand désert lavandier, à l'ombre des monts de Lure. C'est là que vivent douze personnes, deux ménages, plus Gagou l'innocent. 
Janet est le plus vieux des Bastides. Ayant longtemps regardé et écouté la nature, il a appris beaucoup de choses et détient sans doute certains secrets. Maintenant, paralysé et couché près de l'âtre, il parle sans arrêt, « ça coule comme un ruisseau », et ce qu'il dit finit par faire peur aux gens des Bastides. Puis la fontaine tarit, une petite fille tombe malade, un incendie éclate. C'en est trop ! 
Le responsable doit être ce vieux sorcier de Janet. Il faut s'en débarrasser... 
Dans Colline, premier roman de la trilogie de Pan (Un de Baumugnes, Regain), Jean Giono, un de nos plus grands conteurs, exalte dans une langue riche et puissante les liens profonds qui unissent les paysans à la nature.
Mon résumé: Dans les Bastides Blanches coule une fontaine vitale à la vie paisible de deux ménages, répartis dans quatre maisons. Mais l'air frais et pur des collines va rapidement changer d'odeur: Janet, personnage vieux et mourant, qui détient les secrets les mieux cachés de la nature, va parler seul dans son agonie. Tandis qu'un chat méfié des villageois traverse le village, les paroles du vieillard prennent forme: la fontaine ne coule plus et le feu approche. Seul Gagou sait où trouver une source. Mais faut-il lui laisser le temps de détruire tout le village ?

- JEAN GIONO, POÈTE ROMANESQUE

Tout d'abord, Jean Giono est un véritable poète dans le roman. Dès le début de l'œuvre, les métaphores associées à la nature foisonnent, les phrases courtes, descriptives et démonstratives confèrent au roman une beauté stylistique unique. Les retours à la ligne sont nombreux, les alinéas mettent en exergue ces courtes phrases à la fois liées et détachées du roman.

Le vent bourdonne dans les platanes. 
Ce sont les Bastides Blanches. 
Extrait de Colline, de Jean Giono, aux éditions Le Livre de Poche n° 590, page 25
L'écriture même de Jean Giono est très belle, très riche et recherchée. La simple colline révèle un côté mystique fantastique: on ressent un cœur qui bat.

La où, avant, je voyais un arbre, une colline, enfin des choses qu'on voit d'habitude, il y avait toujours un arbre, une colline, mais je voyais, au travers, leur âme terrible.  
Extrait de Colline, de Jean Giono, aux éditions Le Livre de Poche n° 590, page 117

UN STYLE AU SERVICE D'UN RÉCIT

Manosque, colline du Mont d'Or.
Giono, dans Manosque des plateaux, disait
"Ce sein rond est une colline".
Image: Thythy, Wikimedia Commons
La langue est subtilement maniée par Jean Giono. La présentation des personnages est très claire, rapide, efficace, en quelques lignes tous les villageois sont introduits. C'est cette simplicité de l'intrigue qui fluidifie le roman, qui laisse place à un panorama magnifique des alentours de Manosque. La terre est un personnage a part entière, personnage ambiguë que l'on peut assimiler au Hêtre, dans Un Roi sans divertissement. De plus, tout comme dans Un Roi sans divertissement, la mort est un instant magique, doré, mis en valeur par Jean Giono.

C'est le silence qui les réveille. Un silence étrange. Plus profond que d'habitude; plus silencieux que les silences auxquels ils sont habitués. 
Extrait de Colline, de Jean Giono, aux éditions Le Livre de Poche n° 590, page 61

Bien que le roman soit court, il est pour le moins vaste en métaphores poétiques. Un dossier de plusieurs pages est d'ailleurs présent aux éditons Le Livre de Poche. En effet, des références mythologiques sont cachées dans la texte. Savoureux.
LES PLUS L'écriture même de Jean Giono, les métaphores poétiques, ainsi que la simplicité de l'intrigue.
LES MOINS Non, j'ai tout apprécié. 
Ma critique vous a donné envie de lire l'œuvre de Jean Giono ?